Je reposte ici un petit texte que j'avais mis il y a un an, ou presque, très inspiré par le joli coin de "La chapelle aux vierges" à Sainte-Maure de Touraine.
Sauf que le dessin que j'avais fait de la damoiselle si "troublante" pour le narrateur ne me plaisait pas bien.
Après moults essais et déceptions, j'en ai refait un, certes un peu grossier, mais qui retransmet mieux le personnage. J'ai également gratifié le texte d'une chute inédite et de quelques photos très récentes.

 

La Belle de Sainte-Maure

Accablé par le soleil de plomb,

Brûlé de l’intérieur par mes songes creux,
Je remontai la colline, déterminé, l’esprit égaré…
Seul mon palefroi me portait encore vers Saint-Jacques.
Mon costume trempé de sueur était devenu armure de pénitence.
Un instant, je fermai les yeux sur cette vallée trop enchanteresse…

Les lueurs nouvelles me rendirent l’espoir,
Je vis mille faisceaux transperçant la voûte.
Souriant, je gagnai le sommet avec confiance,
Comme pour toucher cette main tendue par Dieu.

C’est là qu’elle m’apparut,
Près la Fontaine aux Vierges,
Genou à terre face à cette eau si claire
Alors que le sel dévorait mes yeux.

Le tissus léger de ses jupes soulignait mon désir.
Froissée, tachetée, sa chemise nouée à la taille semblait un verrou bien fragile.

Mon regard fiévreux ne pouvait que s’attarder sur son foulard couleur de sang…
Gitane ou Maurique ?

Gente dame ou sorcière ?
Je n’aurais su deviner ce que son voile masquait de son âme.

Sentant le pas lourd de ma monture, elle releva son visage,
Celui-ci me renvoya toutes mes peurs enfouies,
Mes faiblesses les plus coupables.

Les femmes seules fuient la violence des chevaliers,
S’écartent de la route sanglante des pèlerins de peu de foi…

Je croisai son regard,
Deux lames d’acier noir me menaçaient,

Les lèvres fermées de la belle n’étaient que mépris et signes de tourments.
Cependant, sa peau d’un bronze désirable m’invitait à la connaître.

Le démon de midi n’avait pas attendu mon sommeil,
Moi qui ne souhaitais que lui parler,
Entendre sa voix répondre au clair de l’eau,
je nourris l’envie de la posséder.
Des visions fugaces m’offraient son corps chaud, souple,
Frissonnant sur la pierre brûlante des ruines…

Gente dame ou sorcière ?
Près la Fontaine aux Vierges elle était source de rêves inassouvis…

Mon regard fiévreux avait cependant ignoré sa serpe,
promesse de cruelles blessures,
ainsi que la petite chèvre noire à ses côtés,
Fée maudite des carrois.

Envahi par la peur,
En proie à des désirs coupables,
J’éperonnai ma monture et passai mon chemin.

belle ste maure

Rongé par le souvenir et le remords,
je revenais, des années plus tard, hanter les pas de la Belle de Sainte Maure.
Tant de sensations et si peu de bonheur dans une vie...

Bien sûr, la dame était partie et le mutisme des villageois,
regards en coins, réponses sèches,
se voulaient mises en garde...

Près la Chapelle aux vierges,
La lourde croix seule se dressait face aux siècles,
à son ombre, les fourrés des lutins reculaient, inéxorablement...

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