Sur cette page, je vous redonne deux de mes conseilsd'écriture (je n'en ai guère que deux à vous donner) qui restent intemporels et qui ont été fort lus, il faut dire que j'ai publié "de l'idée au texte" dans un zine.

Vous avez pu remarquer que j'ai rajouté (mort progressive du format "webzine" oblige) que j'ai récupéré plusieurs de mes textes anciennement publiés en numérique pour les replacer ici en téléchargement libre?
"Killing season" et "Montagne de stupre" étaient parmi les plus aboutis. Ils étaient du genre "post-apocalyptique" et bâtis autour d'un univers très perso, le "Monde-charnier" que j'avais imaginé juste pour eux.
C'est avec grand plaisir que je replace ici un petit tuto "step by step" que j'avais rédigé dans le cadre du webzine "Mots et légendes", à la demande de sa rédaction, sur ma manière d'aborder et de rédiger des nouvelles d'AT (appels à textes).
Depuis, j'ai un peu laissé tomber les AT, leurs limites de signes et leur urgence. Cependant, les quelques conseils ci-dessous, bien qu'ils correspondent surtout à ma manière de faire, s'appliquent également à des créations plus spontanées. Je ne résiste pas au plaisir de les reposter ici même...

 

De l’idée au texte : naissance d’une nouvelle.

 A la demande de l’équipe de rédaction voici donc un petit « step by step » qui entrera cette fois non pas dans les détails d’une illustration mais d’une nouvelle. C’est avec surprise et une certaine fierté que j’ai appris la sélection pour ce numéro de « Montagne de stupre », que vous avez pu trouver dans ces pages. C’est donc tout volontiers que je vais me plier à un petit exercice d’explication de texte.

 

  • L’idée de base :

 Trouver une idée est souvent à la fois la partie la plus passionnante pour l’auteur mais aussi celle qui peut lui poser le plus de problèmes lorsque manifestement, l’inspiration ne vient pas.

« AT 13Survivant » :

Citation : L'enfant, dissimulé dans une grotte à flanc de falaise, grelottait de peur. Dans le crépuscule, un brasier rougeoyant captivait son regard. Cette tache orangée béait telle une plaie au milieu de la forêt.
Soudain, le bruit des fers sur la roche lui parvint, le paralysant d’effroi. En contrebas, un cavalier avançait, l'un de ceux ayant pillé son village, molosse bestial avide de chair. Il humait l'air à la recherche d'une piste.
L'enfant se voyait perdu. Mais la pluie qui tombait sans relâche occulta sa présence.
La bête passa son chemin... »

 En reprenant l’intitulé de l’AT, on s’aperçoit qu’il est assez large et que le petit texte d’ambiance donne déjà quelques pistes de réflexion (malheureusement aussi, il arrive que textes d’introductions et images illustrant un appel à texte puissent rebuter certains candidats, sans doute plus à cause d’un manque de distanciation avec le sujet que par le contenu même de celui-ci). Dans un AT à sujet ouvert comme celui-ci, les auteurs arrivent généralement à trouver vite quelques bonnes idées en peu de temps. Le seul écueil est en fait de se disperser dans toutes les directions et de vouloir trop en faire (surtout si le concours autorise la soumission de plusieurs textes par un même auteur !).

Pour ma part, ce sont quelques mots lâchés par « Azarian », modérateur de son état, qui a permis à mon imagination de faire « tilt » : il répondait en effet à une remarque qui disait que le petit texte amenait obligatoirement au genre Fantasy. Azarian précisait alors que ni le sexe de l’enfant, ni la nature de la monture ni le type de monde n’était précisé. Je tenais mon idée de base : « Sur un monde technologique, un enfant est poursuivi par un cavalier monté sur une créature monstrueuse ».

 

  • L’univers de la nouvelle :

La voilà la véritable étape délicate d’un AT : trouver un univers cohérent pour un texte court qui n’en exploitera fatalement que quelques aspects. En fantastique, moins de problème : l’univers est le nôtre mais ses lois sont transgressées par l’irruption du surnaturel. Pour la Fantasy ou la SF, c’est une autre paire de manches et beaucoup d’auteurs perdent parfois un nombre de signes précieux à exposer le monde qu’ils auront bâti là ou d’autres textes manqueront cruellement d’ambiance. Installer l’univers tout le long du récit sans nuire à celui-ci et le poser en peu de signes : voilà la véritable gageure de ce genre de nouvelles.

Par chance, j’avais déjà un univers de SF personnel et bien construit dans ma tête où placer cette histoire de survivant : celui du « Monde Charnier », une Terre post-apocalyptique que les guerres de faction ont transformée en vaste décharge, à présent à la merci des pillards extra-terrestres de toutes les races. Pas spécialement révolutionnaire, et même archiclassique, mais la véritable originalité se situe moins dans les concepts d’un univers que la manière de les exploiter. Le « Monde Charnier » avait déjà servi de cadre à une précédente nouvelle : « Killing Season ».

 

  • Les personnages principaux :

Sous prétexte qu’une nouvelle est un texte court, nombre d’auteurs négligent l’étape visant à réfléchir un minimum à leurs personnages. Certains ne sont connus que par leur nom, leur fonction, parfois une deux descriptions et encore celles-ci s’arrêtent-elles souvent à quelques détails superficiels. Prenez donc chacun des personnages principaux de la nouvelle est écrivez donc en quelques lignes des traits significatifs qui vous aideront à les décrire ainsi que leurs relations entre eux : l’improvisation est au mieux source de perte de temps, au pire d’erreurs et d’incohérences. Pour « Montagne de Stupre », pas de souci, il n’y a qu’un personnage à bien creuser et les créatures étranges qui apparaissent parfois sont plus des éléments du décor. Notez qu’un personnage de nouvelle est réellement un concept : il peut tout aussi bien s’agir d’un monstre, d’un vaisseau spatial, d’un bâtiment, d’un lieu vraiment central etc.

scan personnages montagne

  • Rédaction du synopsis et des idées générales :

Une étape à ne surtout pas négliger car elle donne une première consistance à votre projet. Toute idée, même la plus insignifiante, doit être notée au brouillon pour ne pas être oubliée. Les idées arrivent dès que vous avez celle qui dirigera votre texte, et souvent dans le désordre d’ailleurs : peu importe, il suffira de les réutiliser comme matériaux lors de l’étape suivante. Voilà ce que donne le synopsis de « Montagne de Stupre » :

scan synopsis montagneLe synopsis est en quelque sorte le résumé anticipé de votre texte, il est largement basé sur les prémices de l’histoire que vous voulez raconter et qui n’a pas encore, à cette étape, encore pris forme.

 

  • Ebauche de plan :

A partie de là, il faut une trame à la nouvelle, même si celle-ci reste encore très générale et tolère bien des rajouts ou des retraits. Il faut savoir où vous allez et où vous voulez amener le lecteur, vers quel genre de fin le héros doit aller et quelles étapes vont l’y amener. Une nouvelle est un travail d’orfèvre qui doit être cohérent du début à la fin, ce n’est pas un chapitre de roman. Pour ce qui concerne « Montagne de stupre », l’idée directrice donnait la réponse : Saranith, la petite fille, suivait la quête finale de son peuple disparu et affrontait toutes les épreuves la séparant de sa vengeance au cœur du sanctuaire des Seigneurs de la dépravation. Je tenais également ma chute, Restait à décrire ces étapes :

 

  • Plan détaillé :

 C’est là la partie la plus technique mais c’est de lui que découlera une rédaction la moins laborieuse possible. A présent que vous tenez les temps forts de votre nouvelle, il s’agit de reprendre chacun d’eux et de les détailler (interventions des personnages, descriptions que vous souhaitez placer etc.). C’est à ce moment là également que vous pourrez remettre certaines des idées que vous avez eu lors de l’étape « brainstorming » mais qui étaient apparues sur la scène de votre imagination dans le désordre.

Certains auteurs travaillent avec un plan simple et sans détail, laissant leur rédaction cheminer plus librement. Je ne suis pas de ceux-là, ne serait-ce que parce que je recherche tous les enchaînements qui peuvent exister entre les différentes étapes d’un récit et pour être sûr de n’oublier aucune bonne idée de départ. Il sera toujours temps de « couper au montage » une ou deux séquences sympathiques sans doute mais pas foncièrement utile à la compréhension du récit : n’oubliez pas que s’il s’agit d’une nouvelle d’AT, vous devez coller aux limites de signes de l’intitulé !

scan synopsis 002

          Je sépare nettement les séquences de l’histoire qui se suivent après une rupture dans le récit (personne n’a dit que vous deviez observer une unité de temps et d’action pour un texte court !) et au contraire je relie ce qui se suit dans le temps, sinon, je pourrais avoir là des sources d’erreurs et d’incohérences.

 

  • Rédaction et relecture :

Là, pas de recette miracle, mais le plus gros du travail déjà été fait. Mon plan a dirigé la plupart des paragraphes que j’ai rédigés ainsi que leur taille. Il m’a fallu retrancher certaines descriptions que je trouvais savoureuses sur le coup mais qui au final alourdissaient le texte. Ô miracle, je suis rentré dans les délais de cet AT bien que j’aie légèrement dépassé les limites de signe, mais amputer le texte d’une séquence aurait été dommageable à l’ensemble de la nouvelle. J’ai donc plutôt réalisé quelques « coupes sélectives » bien réparties afin d’éviter de me retrouver, par exemple, avec une introduction trop longue et une fin bâclée en quelques lignes.

N’oubliez pas qu’à force de relire, vous finissez par connaître votre texte par cœur et que vous n’avez plus le recul nécessaire pour y déceler les fautes, les maladresses et autres incohérences. Là, deux bonnes solutions : reprendre le texte à tête reposée un peu plus tard et trouver un ou plusieurs béta-lecteurs. Cela peut paraître évident pour un auteur ayant déjà un peu d’expérience mais ça va tout- de même mieux en le disant. Perso, je n’ai pas eu assez de temps pour envoyer « Montagne de Stupre » à des béta lecteurs et je me suis lancé sans filet de sécurité. Je ne le souhaite cependant à personne pas plus que je ne le conseillerais : la béta-lecture devient rapidement indispensable quand on a vraiment beaucoup donné sur un texte et si vous n’êtes pas obligé de prendre en compte toutes les remarques que l’on fera sur votre œuvre, il est tout de même conseillé d’y réfléchir.

 

  • Pour finir :

Ce petit step by step n’est que le reflet d’une façon de faire, la mienne. A force de m’être frotté aux AT, j’ai compris (en lisant les autres !) quelques bonnes choses à savoir. J’espère au moins qu’il vous aura aidé un tout petit peu ne serait-ce qu’à entrevoir comment peut naître, à partir d’une vague idée, un texte bien fini !

 

Les dix commandements du Béta-lecteur

Je remets à jour ce petit tuto de béta-lecture (ayant une certaine expérience de cet exercice depuis 2007) qui avait eu l'honneur d'être cité sur certaines pages "facefuck" pardon Facebook, notamment "Nouveau Monde" avant sa disparition.
Il a déjà quelques années mais ses indications sont toujours pertientes (je pense) et je me suis efforcé de lui donner une forme un peu ludique, or donc...

 

Ce que la béta lecture est :

Et bien ce que le béta-test est au jeu vidéo ou l’enquête consommateur au lancement d’un nouveau produit (et avant de me jeter des fruits pourris et de me traiter de capitaliste, sachez qu’il s’agit de « vendre » ou « se vendre » pour un auteur, contre argent ou non).

Il s’agit pour un lecteur test, de lire le texte (nouvelle, poème, novella, roman, cycle) d’un autre auteur afin de lui livrer ses avis avant que celui-ci ne le soumette à la publication : qu’il s’agisse d’un envoi à un éditeur, de le poster sur un forum, ou même sur un site perso.

Le béta-lecteur doit déceler les fautes et inévitables coquilles, les maladresses, les incohérences, tics d’écriture mais aussi et surtout livrer son avis éclairé ainsi que ses impressions afin que l’auteur améliore le plus possible son texte. Le béta-lecteur a donc souvent la primeur d’un texte inédit et son rôle est très important lors des concours et autres appels à texte : ne pas y recourir équivaut, pour un auteur, à se lancer sans filet de sécurité…

Il est d’ailleurs souvent bon d’avoir plusieurs avis lorsque cela est possible afin de voir si des impressions et réserves reviennent chez des béta-lecteurs différents.

Ce que la béta lecture n’est pas :

  • Un travail de correcteur : le correcteur, qu’il soit indépendant ou de maison d’édition s’attaque exclusivement à la forme du texte ou plutôt aux défauts de forme et aux fautes de français, de syntaxe et de mise en page. Bien sûr, traquer les coquilles fait partie du travail du béta-lecteur mais pas exclusivement, il donne aussi des avis sur le fond et la manière d’écrire, ce que ne fait pas le correcteur qui s’en tient exclusivement à la correction des fautes, des omissions et autres défauts « objectifs » du texte. De plus, le plus souvent, le correcteur est payé pour son travail, notamment au sein d’une maison d’éditions.
  • Un travail de lecteur de comité : le lecteur de comité est là pour sélectionner, écarter les manuscrits hors ligne ou trop insuffisants au sein d’une maison d’édition et dénicher ceux qui sont prometteurs (hélas la première partie du boulot représente souvent plus de 90% du travail^^). Le béta-lecteur est là pour lui donner toutes ses chances, il ne s’agit pas du tout de la même démarche c’est pourquoi le lecteur de comité n’est pas obligé de donner un avis construit et des suggestions à l’auteur (bien que certains le fassent) tandis que le béta-lecteur doit le faire et ne pas porter de jugement de valeur sur le texte.
  • Un travail de direction littéraire : aussi justes et éclairés que soient les avis du béta-lecteur, il ne prodigue que des conseils et de l’aide de manière désintéressée (comme nous le verrons ci-dessous) à l’auteur avec qui il correspond. Ses avis influenceront sans doute le choix de l’auteur (ou pas si ce dernier est particulièrement sûr de lui, mais c’est rare). Un directeur de publication (poste parfois assuré par l’éditeur lui-même, surtout dans une toute petite structure), lui, indique des choix et des orientations à l’auteur une fois que son manuscrit est accepté,lui demandant souventde tailler dans son texte, de modifier la forme, voire le fond, de faire disparaître des personnages, d’en favoriser d’autres etc. Le Directeur n’apparaît qu’après l’acceptation du livre par un comité et celui-ci a un vrai pouvoir sur le manuscrit de l’auteur, ce n’est pas le cas du béta-lecteur qui est seulement « force de proposition ».

 

Les dix commandements du béta-lecteur :

 

De par mon expérience modeste en ce domaine, je me suis amusé à établir une petite charte du béta-lecteur, sous forme ludique, sous la forme de dix commandements (ou de recommandations de Maître Yoda, vous savez, celui qui inverse les sujets et les compléments^^) :

 

I. Tes lectures, au plus juste, tu cibleras.

Et bien ça paraît être le premier pilier de la sagesse mais il semblerait que certains béta-lecteurs acceptent tout et n’importe quoi comme texte à béta-lire, principalement parce qu’ils s’ennuient mais pire parfois, pour se moquer de l’auteur et de son genre de prédilection.

C’est la règle la plus élémentaire d’éthique en matière de béta-lecture : ne ciblez que les textes qui vous intéressent peu ou prou. Vous haïssez la bit-lit ? Passez votre chemin si on vous en propose, vous pensez que la fantasy c’est pour les gogolitos gros bills ? Ne prenez pas de texte de fantasy. Ce qui ne veut pas dire que vous ne puissiez pas de temps en temps sortir de votre domaine de prédilection si vous le sentez : la curiosité culturelle a toujours rapproché les hommes.

Personnellement, j’ai du mal avec le genre parodie et humoristique : principalement parce que ne suis plutôt pas drôle, mais aussi parce que j’ai rencontre beaucoup trop de pâles copies de Pratchett.

Heureusement, la tendance « bâchage » concernait surtout les forums où certains qui sont les rois du « quote » et qui tapent plus vite que leur ombre (en plus de n’avoir que ça à foutre…) prenaient un malin plaisir à bâcher les textes des autres (souvent encouragés par l’impunité et un certain phénomène de bande). Je me rappelle d’un, particulièrement gratiné, qui a démoli un de mes extraits de fantasy… pour dire plus loin en fin de commentaire qu’il n’aime pas la fantasy et ses stéréotypes ! Pourquoi ne s’est-il pas abstenu ? Peu importe, ce monsieur a replongé dans la nuit spatiale du web^^.

Auteur, si d’aventure vous tombez sur un béta-lecteur qui vous bâche, changez-en et vite.

La réflexion vaut aussi pour le temps que vous consacrez à la béta-lecture : vous avez peu de temps et une vie remplie (comme moi), préférez béta-lire des nouvelles ou des textes courts, ne vous lancez pas dans la lecture d’un cycle de SF. Vous n’êtes pas sûr de rendre vos avis avant la clôture d’un appel à texte super important pour l’auteur ? Abstenez-vous : l’auteur évitera une déception et vous un sujet de fâcherie.
C’est très important ce que je viens de dire : les auteurs ont besoin d’un peu de temps pour retravailler leur texte avant de l’envoyer, alors si ça presse et que vous n’êtes pas sûr, évitez de vous engager…

 

II. Toujours une démarche désintéressée tu auras.

La béta-lecture est un travail de volontaire et de passionné. Vous n’êtes pas correcteur professionnel alors n’en attendez rien : ni rémunération, ni renvoi d’ascenseur encore moins de l’amitié. J’ai entendu dire que certains individus sans scrupule demandaient de l’argent contre des béta-lectures, pas forcément de grosses sommes mais tout de même : sur quelle base de rémunération se placent-ils ? Sans doute, comme les fameux « coachs » littéraires qui apparaissent un peu partout, aucune…

 Vous agissez en temps que testeur neutre et le plus impartial possible. Vous êtes là pour aider, pas pour laisser votre empreinte dans l’histoire. Il est possible que l’auteur, s’il a apprécié votre travail, vous béta-lise un jour à son tour ou vous fasse (ô gloire suprême) figurer aux remerciements de son bouquin une fois celui-ci publié. Il pourra au moins vous envoyer un mot gentil, ça ne mange pas de pain et ça ne prend qu’un peu de temps. Mais en tout état de cause, c’est un peu comme l’amitié : ne forcez pas la bienveillance des autres, elle viendra si vous la méritez réellement. Après tout, vous ne sortez pas dans les bars pour vous taper l’incruste dans des groupes d’inconnus ? ^^

 

III. Sincère et constructif tu seras.

Un bon béta-lecteur est un béta-lecteur critique et constructif.

« Critique » ne veut pas dire « hypercritique », vous n’êtes pas le jury d’une émission de télé-réalité moisie. La moquerie ne servira de rien sinon à vous attirer la colère de celui qui vous fait confiance. Par contre, les commentaires du genre « trop bien » ou « cé kool » ne seront d’aucune utilité à l’auteur : à la rigueur, il serait mieux que vous n’ayez aucune relation trop proche (frère, sœur, meilleur ami) avec lui, vous n’en serez que plus objectif dans vos remarques. Ces dernières doivent aider l’auteur à améliorer son texte et non refléter votre seule vision de l’écriture ou de ce que doit être un « bon bouquin ».

 

Il vaut donc mieux éviter la langue de bois, faire quelque fois un peu violence à l’auteur lorsque celui-ci part dans des poncifs, des écueils qui le voueront à l’échec. C’est un peu la différence entre un coup de gant de toilette à l’eau froide sur la figure et un coup de hache : on ne secoue pas un homme ivre qui s’égare en lui donnant un coup de hache, mais la tête trempée dans la margelle, ça peut aider^^. La sincérité aide un auteur à voir les sujets sur lesquels il se trompe : il a le nez constamment sur son manuscrit souvent quotidiennement, parfois depuis des années. Vos remarques constructives doivent l’aider à prendre conscience des choses qui ne vont pas et qu’il ne peut tout simplement plus voir seul.

 

Ne cherchez toutefois pas le débat d’idée ou le conflit : le manuscrit reflète l’univers et la sensibilité de l’auteur, pas les vôtres, sachez en déceler les grandes lignes, les clefs, pour adapter votre critique : nous en venons au point suivant.

 

IV. Le ton de tes remarques tu adapteras.

Vous ne pouvez pas analyser de la même manière une novella de romance vampirique écrite par une ado de seize ans et un roman de SF écrit par un vieil ami qui en a vingt à trente de plus, j’exagère grossièrement mais l’idée y est : Il va falloir adapter votre réponse à la maturité d’écriture de l’auteur, à son univers de prédilection et à sa susceptibilité en général. Ce n’est peut-être pas facile lorsque vous ne connaissez cette personne que par quelques données lâchées sur la toile mais si vous êtes perspicace (une qualité qui se perd hélas), vous cernerez vite quelques traits de caractère qui se dégagent de ses écrits et interventions.

Personnellement, je suis assez « vache » et j’adopte la méthode « fais-moi mal Johnny » mais sans pour autant être gratuitement moqueur, j’en attends de même de ceux qui me béta-lisent.

Rappelez-vous qu’une béta-lecture est une aide gratuite et altruiste, pas un bras de fer ni un débat d’idée entre votre conception de l’écriture, de la fantasy ou de quoi que ce soit d’autre et celle de l’auteur. Vous êtes là pour l’aider à s’améliorer, point barre.

 

V. La discrétion et la confidentialité tu respecteras.

A l’époque où tout le monde expose sa vie personnelle sur la toile, il est très facile de gaffer et de laisser échapper des fuites. Une triste actualité politico-judiciaire nous montre que tout finit par se savoir, tôt ou tard…

 Si je pose ce commandement c’est pour rappeler qu’entre vous et l’auteur s’établit une relation de confiance, pas forcément d’amitié mais de confiance. Vous lui prêtez du temps, il vous prête de la confiance car rien ne lui garantit que vous meniez à bien et dans les temps (s’il y a une échéance précise) votre mission de béta-lecteur.

Tout ça pour rappeler quelques règles de bonne conduite : on ne communique pas publiquement sur un manuscrit qu’on béta-lit tant que celui-ci n’a pas accompli son « destin » (publié, jeté à la poubelle, mis en pause…), encore moins sur son auteur et encore moins sur vos relations. Restez imperméables aux questions, ne postez rien sur votre blog ou site perso à ce propos et encore moins sur facebook ou tout autre réseau social.

C’était déjà une règle d’or à l’époque des seuls forums et blogs, c’est à présent une règle de diamant : l’auteur peut être surveillé, espionné, trollé par des ennemis, d’autres auteurs frustrés ou jaloux, et dans le petit monde réduit de l’édition alternative, les intrigues, amitiés et inimitiés sont nombreuses. Inutile d’attirer l’attention sur un manuscrit que vous béta-lisez, vous risquez de saboter le travail de votre auteur (et le vôtre aussi, même si ça implique moins de conséquences funestes). En ce domaine, vous avez un contrat moral avec l’auteur et un point commun avec le lecteur de comité : pas de fuites…

Gardez à l’esprit ce conseil de sagesse : l’auteur vient vous consulter et tant que son boulot n’est pas abouti, il est inutile voire dangereux de communiquer dessus. Comme des carpes soyez.

VI. Jamais le texte tu ne retoucheras.

Signalez les fautes, bugs et coquilles par des balises comme la couleur (rouge pour ma part) et les commentaires en marge (les traitements de texte digne de ce nom ont un mode « commentaire » qui n’affecte pas la structure du texte mais n’intervenez en aucun cas directement sur le texte de l’auteur : celui-ci pourrait finalement se perdre, renvoyer à son éditeur la version erronée de son texte (la sienne), ou pire, l’envoyer avec des fautes que vous auriez rajoutées !

Lorsque vous corrigez, vérifiez toujours avec un dictionnaire ou une grammaire que vous avez raison de corriger et méfiez vous des correcteurs automatiques : ils sont utiles la plupart du temps mais remplacent parfois des fautes par d’autres (le plus souvent des mots corrects sur le plan orthographique mais homophones de ceux voulus par l’auteur) : ayez à disposition un guide typographique, un dictionnaire à jour et un Becherel. Perso, j’utilise beaucoup les moteurs de recherche du CNRTL (centre national de recherche textuelle) pour dénicher les synonymes, antonymes et étymologie des mots. Vos avis sur la forme doivent être au dessus de tout soupçon : au pire du pire, dans le doute, abstenez-vous, à moins que vous n’ayez quelqu’un de plus calé que vous pour vous aider.

 

VII. En aucun cas le texte tu ne t’approprieras.

Votre travail n’est pas celui d’un directeur de publication, encore moins celui d’un auteur par procuration. L’auteur que vous lisez a eu la foi et le courage de terminer son texte, quelques soient ses défauts, gardez-le en mémoire. Ne reformulez jamais oh grand jamais un paragraphe, une phrase, ou même un mot directement dans le texte de l’auteur. C’est son texte, pas le vôtre, sa romance vampirique et pas ce que vous souhaiteriez qu’une romance vampirique soit selon vous…

Tout cela pour dire que votre travail de béta-lecteur consiste à rendre un avis construit, éclairé, et constructif, pas d’orienter l’auteur dans une direction ou une autre. Vous pouvez faire de chaudes recommandations, mais il est libre d’en ignorer tout ou partie.

C’est injuste ? Ingrat ? Ben oui, c’est ingrat… Mais vous vous êtes voué gratuitement à son texte, reportez-vous au deuxième commandement…

 VIII. Des pistes d’amélioration tu donneras.

Rendre une fiche avec juste des commentaires du genre « mal dit », « mal écrit », « trop lourd » ou encore « incohérent » ne sera pas d’une grande aide à l’auteur car vous critiquez mais n’expliquez rien.

Le fait de ne pas réécrire le texte ne vous empêche pas de livrer votre vision des choses… en marge ! Si vous trouvez un passage maladroit (tournure, vocabulaire employé, répétitions), expliquez dans vos commentaire pourquoi, si sur un chapitre vous trouvez que tel personnage arrive comme un cheveu sur la soupe ou au contraire n’est pas assez mis en valeur, dites-le, si vous relevez un problème de cohérence ou de faux raccord (le personnage présent à une terrasse de bar à Sartrouville et le paragraphe d’après à Marseille-Saint-Charles sans explication par exemple), signalez-le : l’auteur l’a peut-être oublié, pas corrigé, ou mal expliqué, il est dans son manuscrit depuis de lustres et seul avec, ne l’oubliez pas. Demandez-lui des explications si vous ne comprenez pas, il ya des chances que le lecteur lambda réagisse comme vous…

Un bon truc à faire est de livrer à part du manuscrit béta-lu (n’oubliez pas de le renommer afin que l’auteur ne le fusionne pas par mégarde avec l’original car, je ne le répèterai jamais assez, c’est une copie que vous évaluez, pas ce que doit être le livrefini) un fichier comprenant vos remarques générale sur le fond et la forme, une petite fiche synthétisant vos impressions et ce qui, selon vous, est à améliorer, sur le fond, comme sur la forme : quelques remarques générales ne font pas une béta-lecture mais elles sont complémentaires des commentaires pointilleux que vous aurez faits tout au long du texte et synthétiseront votre pensée à propos du travail de l’auteur.

 IX. Ton travail tu ne bâcleras pas.

La béta-lecture est un exercice long et ingrat par excellence. Vous n’en retirerez pas la moindre gloire sinon la satisfaction d’avoir aidé au moins un tout petit peu un auteur qui aurait risqué de s’écraser contre les écueils de sa propre écriture sans vous et votre aide.

Au pire, vous aurez une réputation de peau de vache, au mieux, vous aurez contribué à son accomplissement et vous pourrez espérer que le bouche à oreille vous amènera d’autres auteurs à béta-lire, mais n’y comptez pas trop.

Tout ça pour dire : il ya des soirs, des après-midis où vous en aurez marre de scruter les moindres lignes d’un manuscrit imparfait et où vous maudirez votre auteur d’avoir produit quelque chose de si inabouti… de votre point de vue !

N’oubliez jamais que vous vous êtes engagé et que, en particulier si l’auteur attend une réponse avant une certaine date, vous vous êtes engagés, il serait bon d’honorer votre part du contrat…

En clair, même si vous êtes parfois embourbés, n’oubliez jamais que l’auteur compte sur vous et donc gardez votre qualité de critique la plus constante possible, relisez, relisez et relisez encore. Et si un moment vous faiblissez, reprenez à un moment où vous serez plus en forme et votre jugement intact : évitez toujours d’expédier une béta-lecture par-dessus la jambe ou de céder à la fatigue. Vous n’en pouvez plus ? Repliez le computer et revenez plus tard... mais pas trop !

 X. Clair et efficace tu seras.

L’auteur vous a rendu un manuscrit inabouti, évitez de lui rendre un torchon…

En bref, il s’accroche à vous car vous pouvez lui rendre un avis constructif. Aussi, soyez le plus ordonné possible dans vos remarques, ne lui balancez pas le résultat comme on lancerait nonchalamment un colis sur une table : Un petit mail pour annoncer que votre boulot est fini, des appréciations générales dans ce mail ou une fiche à part et surtout, dans le corps de votre béta-lecture, des repères clairs pour l’auteur : des couleurs pas trop fantaisistes (exemple vert pour les répétitions, rouge pour les fautes et coquilles, bleu pour les maladresses). N’oubliez pas non plus de souligner les aspects qui vous ont paru bon ou « à développer » : un personnage pas assez exploité, une bonne idée à développer, un aspect d’univers qui vous paraît sympathique : la béta-lecture, ce n’est pas que de la critique au sens abrupt du terme.

Il est clair que si votre propre commentaire est truffé de fautes et de coquilles, vous manquerez de crédibilité, relisez vous.

 

Ce sera tout pour cette fois. That’s all folks !