"L'outreplan" est un peu à moi (mais en toute modestie) ce que le mythe de cthulu est à Lovecraft ou la Tour Sombre à Stephen King: un ciment, une sorte de "synapse" entre mes univers tout comme les muscles et organes du corps humain sont reliés par des substances fluides.
On a coutume de dire que le genre Fantastique se passe violontiers de mythologie ou d'univers élaboré... c'est un peu faux si considère au moins les deux auteurs que j'ai cités. Je recite les fondamentaux sur cette page...

De la Nature de l'Outreplan

Au-delà de ce que voit l’œil s’étendent les possibilités vertigineuses de l’Outreplan. Depuis toujours l’humanité a vécu enfermée dans un monde de matière tout en étant convaincue, dans un recoin de son esprit, de l’existence d’un autre monde au-delà de celui que donnent à connaître les sens. Depuis les premiers mythes de la vie après la mort aux travaux mathématiques les plus récents, le questionnement revient sans cesse, à travers les siècles. La nature de cet au-delà reste obscure, même pour ceux qui le recherchent depuis des années. On pourrait toutefois comparer chacune des réalités aux pétales d’une fleur : bien séparées, mais se chevauchant parfois, leurs origines convergeant vers un cœur unique…

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Longtemps les hommes, sous l’influence des religions, ont diabolisé la matière pour encenser le monde spirituel, espoir d’une éternité méritée pour une vie de vertu, une forme d’accession au statut de divinité. 

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 Pourtant, pour qui connaît la réelle nature de l’Outreplan, la déception est souvent à la hauteur des espoirs en cette survie de l’âme. En effet, les destinations possibles de celle-ci sont nombreuses, mais également les tourments au cœur d’autres dimensions. De plus l’Outreplan n’est pas vide : plusieurs royaumes d’existence pour une multitude de mondes et il est rare que leurs habitants soient bien disposés envers le nôtre…

 

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Mais pour la grande majorité des hommes, ignorants de ces faits, l’Outreplan se manifeste davantage par une peur indicible, assurément différente des peurs ordinaires : celle de la mort, celle de l’échec… Il s’agit d’une sensation bien plus puissante et irréelle, comme celle qu’inspirent certains lieux en ruine ou les cris des chats dans la nuit ; comme si l’esprit cherchait à les alerter de quelque intrusion hostile dans la réalité.

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Le schéma de Faustinus

Ce dessin est à la fois une des plus anciennes et une des plus fidèles représentations de la cosmogonie des différents royaumes d'existence, ensemble que l'on surnomme à défaut "l'outreplan".

 L'original a été trouvé dans une maison de Potsdam, état du Brandebourg, à la fin de la Guerre de Trente ans. Il s'agit de l'œuvre de Faustman Geremeck, un protestant polonais qui y a élu domicile dans les dernières années de sa longue vie. On connaît surtout cet homme, professeur et homme de lettres, sous le surnom de "Faustinus". Il vivotait discrètement en réalisant contre argent nombre de copies et traductions de textes, le plus souvent des classiques.

 Faustinus, savant mystérieux et désargenté, a laissé derrière lui un étrange manuscrit à l'écriture indéchiffrable. Ce texte, d'après les témoignages de ses rares amis et connaissances, lui aurait été dicté par des "voix désincarnés", or ce sont ces étrangetés de comportement qui ont précisément achevé d'isoler Faustinus du corps enseignant...

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 En réalité, ce sont les centaines de "gloses" (commentaires) en allemand et en latin qui ont permis à ceux qui découvrirent le manuscrit de savoir de quoi il s’agissait : Faustinus avait en fait réalisé un travail de vulgarisation à partir de données dictées depuis d'autres royaumes par des entités inhumaines, un ouvrage qui n'avait donc rien à voir avec les divagations d'un fou.

 C’est plus particulièrement une feuille volante insérée dans le volume (et, ironie de l’histoire, dessinée sur une page de garde arraché à une ancienne bible) qui alerta les autorités du prince-électeur de Brandebourg. Celle-ci comportait un schéma réalisé à la main, d’une simplicité et d’une clarté perturbantes. Il devait être plus tard à la base de nombre de représentations humaines de l’Outreplan… Les agents du prince n’avaient pas conscience de la valeur de l’objet sur lequel ils avaient mis la main : ils étaient simplement venus vider la maison d’un vieux savant mort criblé de dettes. Chose étrange, Faustinus avait certains livres et objets rares dont la vente permit de rembourser les créanciers : notamment la bible enluminée sur parchemin dont provenait la feuille du schéma et qui, à elle seule, a suffi à racheter sa pauvre maison.

Un temps conservé dans la bibliothèque du Prince de Brandebourg, le manuscrit indéchiffrable de Faustinus fut revendu avec d’autres curiosités à un naturaliste français en exil : Julien Maisonforte, un protestant Cévenol fuyant la révocation de l’édit de Nantes. Maisonforte n’était pas seulement un savant, il était aussi un chevalier militant de la Cabale Saint-Martin (faction résistante dont il sera question plus tard NdlA).

 C’est de cette manière que le précieux « schéma de Faustinus » échut entre les mains de cette société secrète et permit des progrès considérables dans la connaissance encore balbutiante des Royaumes d’Outreplan. Grâce à cette simplification et les annotations du manuscrit, les Chevaliers de la Cabale purent mettre des noms sur les différentes dimensions et certaines de leurs entités : un travail qui se rapprochait des classifications latines des naturalistes à propos des animaux terrestres. Les chevaliers purent réaliser que la Terre, monde compris dans le royaume de la Matière, était au centre des jeux de pouvoir et des affrontements opposant des créatures défiant l’imagination : la matière constituant de fait l’élément stable et nourricier de la cosmogonie des plans. L’étrange livre ne put être recopié entièrement tant la graphie des phrases était nébuleuse et inhumaine : cependant, Maisonforte et ses amis ne manquèrent pas de numéroter et de reproduire les commentaires latins et allemands.

 Hélas, sur toutes les copies réalisées à cette époque, seules huit échappèrent aux autodafés du IIIème Reich. C’est d’ailleurs au cours de la sombre période de la Seconde Guerre Mondiale que périrent près de la moitié des chevaliers de la Cabale en Europe, beaucoup étant soi la cible des régimes totalitaires, soient impliqués dans des activités de résistance. Il s’en fallut même de peu pour que ces connaissances de l’Outreplan ne tombent entre de mauvaises mains : Hitler, mis au courant de l’existence du manuscrit, refusa dans un premier temps de croire à l’information mais son bras droit, Rudolf Hesse, membre de la société de Thulé et expert en ésotérisme, mit tout en œuvre pour s’en emparer. Sa mission et sa captivité en Grande-Bretagne mirent fin prématurément à ce funeste projet…

 

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La version présentée ici date de cette période, il s’agit d’une copie réalisée de mémoire par Syveline Maître, une jeune institutrice résistante et chevalier militante de la Cabale Saint-Martin. Malgré ses défauts mineurs de transcription, cette version est parfaitement lisible (l'originale était truffée de gloses, de dessins et autres figures géométriques aberrantes). Syveline parvint, avec une poignée de chevaliers, à soustraire l’original et ses dernières copies aux nazis pour les cacher au Dahomey (le futur Bénin), un territoire relativement épargné par la guerre et où la jeune femme, qui y avait enseigné, pouvait compter sur quelques contacts sûrs.

Depuis, le schéma originel est revenu en France où sa localisation est gardée secrète depuis 1945 par la Cabale, les copies de l’époque de Maisonforte ayant été dispersées dans d’autres pays…

 

Une multitude de royaumes pour une infinité de tourments

« Je t’ai fait voir la superposition des plans d’existence selon le schéma de Faustinus. Tu t’en es bien imprégné n’est-ce pas ? Alors maintenant oublie-la. Le schéma n’est qu’une vision confortable, une manière pour l’esprit humain d’éviter un éclatement de possibilités qui pourrait le mener droit vers l’abîme. »

            Pierre lâche un juron d’étonnement. Il n’a en effet pas quitté le cahier des yeux et à présent, l’aveugle y trace d’un geste assuré une rosace quasiment parfaite. La main osseuse illustre les explications, dessinant les courbes sans aucune aide de ses yeux morts. Ceux-ci semblent se perdre dans la contemplation des glaçons finissant de fondre au fond de son verre.

« Vois-tu, poursuit-il d’un ton limpide, les neuf grands royaumes sont un peu à l’image des pétales de cette corolle : ils coexistent et se chevauchent, mais tous convergent vers une origine commune. On est bien loin de l’image de la pièce montée, n’est-ce pas ? »

            En disant ces derniers mots, Venceslas se retourne, un sourire narquois naissant sur ses lèvres.

« Bien sûr, il faudrait y rajouter le labyrinthe, qui est une sorte de gangue mouvante et gluante dans laquelle baignent les réalités »

            Pierre secoue la tête. Il ne trouve aucun mot pour répondre, encore trop abasourdi par la figure improbable qui orne à présent la feuille de papier jauni. »

 

En élaborant le schéma de Potsdam, le savant Faustinus avait œuvré de manière à protéger l’humanité de l’ignorance tout en la protégeant de la folie que peut entraîner certaines connaissances lâchées sans barrières.

            Pour la plupart des humains, l’existence de royaumes s’étendant au-delà du monde sensible n’est pas une chose admise comme une vérité. Les religions ont, en quelque sorte, confisqué cette possibilité en y ajoutant des éléments de morale : aux âmes des impurs et des incroyants échoit la damnation au sein de royaumes de terreur et de souffrance, aux purs, le bonheur éternel dans la contemplation du créateur. La vérité est plus complexe et beaucoup moins évidente à appréhender : une fois terminée l’existence terrestre, l’âme a une infinité de destins et de destinations possibles…

            Quant aux vivants, rares sont ceux qui ont ne serait-ce qu’une idée de la nature et de l’étendue des royaumes d’Outreplan, encore plus rares ceux qui peuvent les atteindre ou les manipuler. Encore ces derniers choisissent-ils le plus souvent d’user de leurs connaissances pour pervertir notre univers : ils espèrent la richesse, la domination, ou encore le salut de leur âme en requérant la protection d’une entité plus puissante.

            Malheureusement aussi pour l’homme, nombreux sont les êtres capables de voyager entre les royaumes de l’Outreplan, et il est rare que leurs intentions à l’égard de l’humanité soient bienveillantes….

 

L’Ecrin des pouvoirs supérieurs (Loculus superior) : L’écrin est une dimension inexpugnable, l’essence même de l’éternité et de la félicité. L’Ecrin a été nommé ainsi par Faustinus car il est le royaume des Pouvoirs, êtres si supérieurs que leurs agissements dépassent de très loin la compréhension humaine. Ils baignent, enveloppés des énergies bienfaitrices qui ont présidé à la création de ce qui est, a été et sera.

De tous les royaumes, l’Ecrin est celui qui se rapproche le plus de notre conception du paradis. C’est pourtant un domaine où règnent l’abandon et un certain désespoir. Bien que puissants, les derniers Pouvoirs survivants doivent lutter contre l’inexorable avancée de la Destruction. Leurs rangs ont été autrefois décimés par une guerre qui impliqua de nombreux peuples à travers les plans et les galaxies. Beaucoup de ceux qui sont restés se laissent aller à la mélancolie et la noirceur.

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La Puissance (Regnum potestatis) : Un flot d’énergies bouillonnantes caractérise la Puissance. C’est une dimension de flammes et de tempêtes qui ne supporte aucun être tangible. Les rares entités qui sont assez fortes pour y survivre sont immatérielles : il s’agit le plus souvent d’anciennes âmes mortelles, humaines ou non, qui ont acquis une nouvelle forme d’existence.

La Puissance est, en quelque sorte, le « maître royaume » pour ceux qui cherchent à comprendre et à manipuler les énergies d’Outreplan. Le feu de la puissance tord l’essence des autres réalités sous sa force intrinsèque et peut produire d’importants effets magiques. La Puissance est également une barrière infranchissable entre l’Abstractus et l’Ecrin des pouvoirs Supérieurs, la preuve que la bonté des Pouvoirs a au moins une limite : leur immense orgueil ne saurait tolérer que d’autres êtres « moindres » puissent séjourner au sein de leur royaume…

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L’Abstractus (Regnum abstracti) : Surnommé imparfaitement « plan astral » par certains mystiques… De tous les royaumes d’existence, l’Abstractus est le plus étroitement imbriqué avec le nôtre : un domaine de « faible matière » juste au-delà de celle-ci.

C’est dans l’Abstractus que vont la plupart des âmes après la mort physique, voyageant entre ce monde et le nôtre qu’elles reviennent parfois hanter. Lorsque c’est le cas, elles sont le plus souvent spectatrices d’évènements sur lesquels elles n’ont pas la moindre prise.

De fait, l’Abstractus est la dimension la plus accessible aux âmes humaines : la plupart accompliront au moins une fois le voyage vers ce royaume et il arrive souvent que des vivants y accèdent au cours de songes et de rêves car l’Abstractus est aussi le domaine des mirages et des espoirs. Les plus intelligents et les plus déterminés des rêveurs peuvent même parler et interagir avec les entités surnaturelles qui vagabondent dans l’Abstractus, mais il est rare qu’ils prennent conscience de la véritable nature de leur voyage à leur réveil. Il en est sans doute mieux ainsi car la cohérence de l’Abstractus est faible, sans cesse fragilisée par le flot d’âmes et de désirs qui y transitent chaque jour. Une seule d’entre elle pourrait imposer ses visions tant la matière de l’Abstractus est malléable, s’offrant par la même un boulevard pour influencer et transformer d’autres esprits…

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La Matière (Regnum Materiae) : Faustinus aurait-il eu une vision trop humano-centrée de la création en plaçant l’univers matériel au centre de sa représentation ? Ce n’est pas tout à fait vrai : il a situé l’univers tangible en dessous du fragile Abstractus tout en soulignant sa propre vulnérabilité.

La Matière n’est pas un repère fiable et familier, ce n’est qu’une mince ligne de terre et de vide entre plusieurs dimensions de folie et de tourments, le seul refuge acceptable pour l’humanité car au-delà de la Matière règne au mieux le doute, au pire le mal absolu.

La matière n’est pas forcément synonyme de vie car les galaxies sont désertiques, ravagées par des conflits datant de temps immémoriaux. Au centre de la création, l’humanité ne triomphe pas, elle est juste très seule…

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Le Limon (Regnum Limi) : le Limon est le royaume de la proto-matière, un univers primitif et terrifiant où se forment les futures galaxies avant de sortir de leur gangue originelle. Comme la matière, le Limon est riche en vie mais il s’agit le plus souvent de créatures féroces à la ruse bestiale, des prédateurs qui ne vivent que pour se délecter de la chair d’autres êtres.

L’existence même du Limon va à l’encontre des croyances établies : il n’y a pas de dessein ni de finalité dans cet amas bouillonnant de mondes primordiaux : la matière y prend naissance sans être réellement le fruit d’un projet…

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Le néant (Nihilum) : A l’origine se trouvent les ténèbres et l’absence de tout.

Le Néant est si vide que même Faustinus lui a dénié sa qualité de « royaume » d’existence, cette vision fut plus tard révisée... Le Néant se caractérise par l’absence de matière et de lumière et rares sont les entités qui y résident. Le Néant est à ce point vide que les idées et pensées qui s’y égareraient y pèseraient plus lourd que l’essence même de ce royaume et qu’elles peuvent y prendre forme comme dans l’Abstractus mais sous une forme bien plus terrifiante…

Quelques fois pourtant, des grains de poussière primitive y naissent et leur poids les entraîne irrémédiablement vers le Limon où ils peuvent se développer.

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L’obscurité (Regnum tenebrorum) : Il semblerait que l’Obscurité soit une des dimensions les plus peuplées, et pourtant, peu de cœur y battent réellement. Ce demi-désert de galaxies désolées est le refuge des âmes qui n’ont pas trouvé leur place dans l’Abstractus ou un autre royaume plus accueillant ; sans compter la vie particulièrement vicieuse et mauvaise qui y existe déjà.

Un amas de mondes funestes, un nombre incalculable de civilisations monstrueuses : telle est l’Obscurité, le royaume des morts d’où les invocateurs de monstres puisent la plupart de leurs créatures, des planètes malades pourrissant sous un ciel bilieux…

 

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La Destruction (Exitium) : De la Destruction viennent la plus grande part des maux qui accablent l’univers. Ce royaume est si imprégné par le mal que Faustinus l’a dénommé d’un simple nom signifiant la fin de tout. Et pourtant, une vie foisonnante peuple ce qui se rapproche le plus de notre conception de l’Enfer. Toutes ces entités tendent vers un seul but : la fin de l’ordre des plans et de toute autre forme de vie.

La Destruction est le terrifiant domaine des énergies annihilatrices, le lieu de vie de démons si malfaisants qu’ils représentent la négation du reste de la création. Prison éternelle pour les âmes les plus viles, la Destruction est en réalité très peuplée : ses mondes sont le refuge des pires entités de l’Outreplan, sans compter les anciens Pouvoirs de l’Ecrin qui ont été pervertis et dont on ne parle qu’à demi-mot.

C’est aussi un royaume qui gagne du terrain en corrodant et détruisant ce qui a été autrefois créé : la guerre qui divisa autrefois les Pouvoirs autour de l’enjeu de la Création est en passe d’être gagnée par ceux qui ont été précipités dans cet abîme de folie, annonçant l’émergence inéluctable des démons.

 

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 Le Labyrinthe : Le labyrinthe n’est pas un royaume cohérent et dont la place est bien définie dans la cosmogonie des plans d’existence : c’est une gangue gluante qui relie et englobe les différents royaumes, un espace « entre les plans » dont les méandres échappent à toute tentative de définition : ils s’étendent sur plusieurs dimensions à la fois. Le Labyrinthe n’a pas été théorisé par Faustinus (qui y voyait une partie de l’Abstractus), son existence a été mise en évidence par des recherches plus récentes. Sans cesse le Labyrinthe bouge et change de forme : nombreuses sont les âmes et les créatures qui y ont été piégées, bien que certaines aient la possibilité de s’y orienter et de plier sa structure capricieuse à leur volonté. Le Labyrinthe est la synapse qui relie les plans de la même manière que le sang et la lymphe parcourent le corps humain…

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